Revue spirite — Journal d'études psychologiques — 1859

Allan Kardec

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Chopin
12. (Après l'évocation.) Pourriez-vous nous dire dans quelle situation vous êtes comme Esprit ? - R. Errant encore.

13. Regrettez-vous la vie terrestre ? - R. Je ne suis pas malheureux.

14. Etes-vous plus heureux que vous ne l'étiez ? - R. Oui, un peu.

15. Vous dites un peu, ce qui veut dire qu'il n'y a pas une grande différence ; que vous manque-t-il pour l'être davantage ? - R. Je dis un peu, par rapport à ce que j'aurais pu être ; car avec mon intelligence, j'aurais pu m'avancer plus que je ne l'ai fait.

16. Le bonheur que vous n'avez pas maintenant, espérez-vous l'avoir un jour ? - R. Assurément, cela viendra, mais il faudra de nouvelles épreuves.

17. Mozart dit que vous êtes sombre et triste ; pourquoi cela ? - R. Mozart dit vrai. Je m'attriste, parce que j'avais entrepris une épreuve que je n'ai pas menée à bien, et je n'ai plus le courage de la recommencer.

18. Comment appréciez-vous vos oeuvres musicales ? - R. Je les estime beaucoup, mais parmi nous on fait mieux ; on exécute mieux surtout ; on a plus de moyens.

19. Quels sont donc vos exécutants ? - R. Nous avons sous nos ordres des légions d'exécutants qui suivent nos compositions avec mille fois plus d'art qu'aucun des vôtres ; ce sont des musiciens accomplis ; l'instrument dont ils se servent est leur gosier, pour ainsi dire, et ils sont aidés par des instruments, sortes d'orgues d'une précision et d'une mélodie que vous semblez ne pas devoir comprendre.

20. Etes-vous bien errant ? - Oui ; c'est-à-dire que je n'appartiens à aucune planète exclusivement.

21. Et vos exécutants, sont-ils aussi errants ? - R. Errants comme moi.

22. (A Mozart.) Auriez-vous la bonté de nous expliquer ce que vient de dire Chopin ? Nous ne comprenons pas cette exécution par des Esprits errants. - R. Je conçois votre étonnement ; nous vous avons pourtant dit déjà qu'il y a des mondes particulièrement affectés aux êtres errants, mondes dans lesquels ils peuvent habiter temporairement ; sortes de bivouacs, de camps pour reposer leurs esprits fatigués par une trop longue erraticité, état toujours un peu pénible.

23. (A Chopin.) Reconnaissez-vous ici une de vos élèves ? - R. Oui, il me semble.

24. Serez-vous bien aise d'assister à l'exécution d'un morceau de votre composition ? - R. Cela me fera beaucoup de plaisir, surtout exécuté par une personne qui a gardé de moi un bon souvenir ; qu'elle accepte mes remerciements.

25. Veuillez nous donner votre jugement sur la musique de Mozart. - R. Je l'aime beaucoup ; je regarde Mozart comme mon maître.

26. Partagez-vous son opinion relativement à la musique d'aujourd'hui ? - R. Mozart a dit que la musique était mieux comprise de son temps qu'aujourd'hui : c'est la vérité ; j'objecterai pourtant qu'il y a encore de vrais artistes.

NOTA. - Le fragment de sonate dicté par l'Esprit de Mozart, vient d'être publié. On peut se le procurer, soit au Bureau de la Revue spirite, soit à la librairie spirite de M. Ledoyen, Palais royal, galerie d'Orléans, 31. - Prix net : 2 francs. - Il sera adressé franco contre la remise d'un mandat de cette somme.

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